Chaque matin, alors qu'il fait grand nuit, tu dois affronter la pénible séance du lever : t'arracher à la tiédeur des draps, subir l'agression du froid, enfiler des vêtements glacés, rester assise sans pouvoir vaincre ton inertie, entamer une journée dont tu ne sais si tu atteindras le soir, et au long des heures, puiser dans ta volonté le courage de tenir alors que tu n'as plus aucune énergie, que tu aspires seulement à t'étendre, te reposer, à dormir sans jamais avoir à te réveiller.
De ce jour qui a fracturé ta vie, tu aurais voulu ne rien laisser paraître sur ton visage, ne rien laisser voir de ce qui en permanence te rongeait. Mais tu n'y es point parvenue, et tu t'en fais le reproche.
Une guerre éclaire et la France ne tarde pas à sentir peser sur elle la botte de l'occupant. Très vite celui-ci met en place la politique qui va viser à éliminer ceux qui, selon lui, appartiennent à une sous humanité.
Dans cet hôpital où tu te trouve, la mortalité augmente.
Chaque matin, en ouvrant les portes les surveillants ont un mouvement de recul. Les salles sentent le cadavre. Un de ces matins-là, un jour de Juillet – tu viens d'avoir trente-huit ans – on constate ton décès. Tu es morte de faim.
Les journées aux horaires stricts et toutes semblables. La routine. L'ennui. Parfois, la perspective de quitter l'école une fois passé le bac te semble si lointaine que tu as le sentiment que tu es là pour toujours, que ta vie entière se déroulera entre ces murs, que seule la mort pourrait te délivrer. Mais prisonnier de ce temps immobile, tu crains qu'elle ne survienne jamais, et souvent tu l'appelles, désires qu'elle surgisse, et mette fin à ton existence d'étouffé.



![[ j'aurais bien raconté mes conneries maintenant, mais j'ai pas le temps, c'est con]](http://8e.img.v4.skyrock.net/8e0/annelatortue/pics/1268972070_small.jpg)
![[faut trop que j'raconte plein de truks, mais faut que j'réfléchisse..attendeeeez!]](http://8e.img.v4.skyrock.net/8e0/annelatortue/pics/1235221018_small.jpg)